Let's grow new peasants!

Les heureux néo-paysans de La Ferme du Matet

Je m’appelle Lucie et j’ai 29 ans. Avec Virginie et Julien mes associés nous sommes ce que l’on appelle des néo-paysans, et depuis quelques mois, nous sommes les heureux agriculteurs de La Ferme du Matet, à Martres-Tolosane en Haute-Garonne

De l’idée au projet

Laventure de La Ferme du Matet a commencé pour nous il y a un peu plus d’un an, à l’automne 2015, lorsque nous avons décidé de quitter les chemins de vie sur lesquels nous étions engagés pour monter ce projet agricole.

A ce moment-là, je travaillais au CNRS sur des problématiques de déplacement d’insectes dans les paysages. J’étais arrivée à travailler dans la recherche après des études d’agronomie et une thèse en écologie sur la gestion biologique des nuisibles en milieu agricole. Mes sujets d’études au CNRS me semblaient bien éloignés de ceux qui m’avaient emmenée là et un peu trop fondamentaux à mon gout. J’avais tendance à m’ennuyer en lisant des articles scientifiques et le côté statique du travail de chercheur me pesait de plus en plus. Virginie venait de terminer une thèse sur les insectes ravageurs et auxiliaires des milieux agricoles et forestiers et se confrontait aux difficultés du marché de l’emploi dans le domaine de la recherche… Les post-docs à répétition, le spectre des concours et La nécessité d’être toujours mobile, alors que l’on a 30 ans et l’envie de prendre racine quelque part. Julien, le conjoint de Virginie, avait de démissionné d’un poste d’encadrant technique en maraichage dans un chantier d’insertion. Le volet social de ce travail ne l’emballait pas ; lui ce qu’il voulait, c’était travailler la terre avec des gens motivés, avoir les moyens nécessaires pour produire des légumes, et en vivre. Ca faisait longtemps que ça lui trottait dans la tête de s’installer paysan. Mais pas tout seul…

Nous vivions tous les trois dans une grande maison en Ariège, dans une région traditionnellement agricole, mais aussi une région où de nombreux néo-ruraux sont venus s’installer et mettre leurs énergies au service d’un mode de vie proche de la nature et éloigné du tout-consommation ; une région où sur le marché de St Girons, de nombreux jeunes paysans vendent leur légumes avec le sourire aux lèvres et l’air d’être heureux d’être là. Cette atmosphère-là a surement contribué à nous donner envie !

Au départ, on en parlait sur le ton de la plaisanterie : « Et, si vous cherchez une associée, vous pensez à moi hein ?! » « Et on aurait une ferme avec une rivière, on ferait des festivals, avec un petit bar où on ferait des trucs à manger et les gens s’arrêteraient au détour d’une balade… » Et puis à un moment on s’est dit que si on en avait envie il fallait le faire…vraiment. C’était parti ! On s’est mis autour de la table et on s’est dit : « on commence par quoi ? ».

On a commencé par mettre à plat ce qu’on attendait chacun de ce projet, comment on envisageait les choses, de façon à être sûrs qu’on était bien sur la même longueur d’onde et qu’on voulait se lancer ensemble dans l’aventure. Ensuite on est allés rencontrer des agriculteurs : des jeunes et des moins jeunes, mais surtout maraichers et en agriculture biologique. Armés de notre petit questionnaire on leur a demandé comment ils vivaient leur métier, ce qui les avait poussés à faire ça, ce qu’ils referaient de la même façon s’ils s’installaient à nouveau, ce qu’ils changeraient… Ensuite on a défini plus précisément notre projet : ce qu’on allait produire, comment on allait le vendre et dans quelle zone géographique on voulait s’installer. On s’est mis d’accord sur une production de légumes et œufs en agriculture biologique avec une partie de la production écoulée en vente directe sous la forme de paniers et une partie en magasins spécialisés dans l’alimentation bio. Pour la commercialisation, on visait la métropole Toulousaine ce qui nous obligeait à trouver un lieu pas trop éloigné de Toulouse afin de pouvoir y faire des livraisons hebdomadaires sans passer notre semaine dans le fourgon. On a défini une zone à cheval sur le Couserans, la basse Ariège et le Comminges délimitée par l’axe St Girons-Foix au sud et l’A64 au nord.

Dans le même temps rapprochés de diverses associations qui nous ont aidés à cheminer dans le parcours du combattant qu’est l’installation agricole: L’ADEAR 09 pour la recherche de foncier et les aides, le CIVAM 09 pour les aspects techniques, l’Association Tarnaise de l’Agriculture en Groupe pour la gestion du collectif et les aspects juridiques… on s’est également rapprochés de la chambre d’agriculture car on a rapidement décidé de solliciter les aides à l’installation ce qui nous obligeait à suivre un protocole très précis et fastidieux piloté par la Chambre. En parallèle, on a construit un prévisionnel de cultures et un plan économique détaillé pour s’assurer que le système de production et de commercialisation que l’on envisageait était viable économiquement. On a tout planifié et tout chiffré : de la largeur des planches à la date de semis de chaque série de radis, de la facture d’électricité au moindre clip à tomate.

On a également participé à des formations techniques sur différents aspects tels que la fertilisation, le contrôle des ravageurs, ou la mise en place d’un atelier de volailles… Virginie s’est rapidement engagée dans une formation longue en traction animale dispensée par l’association Promatta qui lui a permis, en plus de l’apprentissage du travail agricole avec le cheval, de réaliser plusieurs stages et de se confronter à la réalité du métier de maraicher. Julien a travaillé chez plusieurs maraichers de la région via le service de remplacement et a ainsi pu comparer différents systèmes de cultures et modes de commercialisation. Lorsque l’on a senti que notre projet était assez solide, on est allés toquer à la porte des banques pour savoir si elles seraient prêtes à nous suivre et à quelle hauteur. Comme elles semblaient prêtes à s’engager, on s’est mis à chercher des terres (environ 5 ha) avec des bâtiments et la possibilité d’emménager deux logements.

Du projet à la réalité

On était au mois de mai et nous visitions des fermes depuis quelques mois lorsque nous avons rencontrés Pierre, agriculteur proche de la retraite, situé à Martres-Tolosane (31), souhaitant céder sa ferme à des repreneurs. Lorsque nous sommes revenus de notre première visite à la ferme du Matet, nous étions partagés. Il y avait des points positifs : la présence d’un canal d’irrigation sur la ferme, la topographie plate du terrain, la proximité de Toulouse, et le fait que l’activité maraichère était déjà en place avec des circuits de commercialisation proche de ceux que l’on avait imaginé pour notre projet. Mais également des points négatifs : le lieu pas aussi bucolique que l’on aurait voulu et l’absence d’habitation sur la ferme étaient les principaux. Il y avait aussi une quinzaine d’hectares de grandes cultures et des parcs à cochon que l’on avait pas du tout prévus dans notre projet initial. Lorsque l’on a mis tous ces éléments les uns en face des autres, on a considéré que l’opportunité était trop belle pour la laisser passer et que le moment était venu de faire évoluer notre projet pour le faire rentrer dans la réalité qui s’offrait à nous. Nous n’habiterions pas sur notre ferme, mais c’était peut-être mieux comme ça, ça faisait baisser l’investissement de départ et ça nous laisserait plus de liberté et d’indépendance quant au logement. Nous n’aurions pas de rivière mais nous aurions un canal ! Nous serions dans la plaine de la Garonne et pas dans les montagnes ariègeoises, mais au moins on serait à plat et on aurait quand même la vue sur les sommets. Nous avions 15 hectares au lieu de 5, nous en profiterions pour faire des céréales pour l’alimentation de nos poules et nous aurions assez de surface pour accueillir notre jument. Et ainsi de suite…

Nous avons annoncé à Pierre que nous étions prêts à reprendre sa ferme, et à partir du mois de juin nous avons commencé à nous projeter dans ce nouveau lieu et à effectuer les démarches nécessaires à notre installation : multiples passages par la chambre d’agriculture, la DDT, innombrables courriers pour rassembler les baux de fermages des 13 hectares qui n’appartenaient pas à Pierre, définition d’une structure juridique, rédaction des statuts… A chaque étape, des rebondissements, des lourdeurs administratives, des informations contradictoires, mais aussi un réseau d’associations, de conseillers et d’agriculteurs toujours prêts à nous aider, à partager leur expérience et à nous aiguiller. Globalement je pense que ce réseau, notamment associatif, autour de l’agriculture biologique est un atout précieux sur lequel il ne faut pas hésiter à s’appuyer pour l’installation mais aussi plus tard dans l’activité.

Bien que nous n’ayons pas envisagé d’association avec Pierre avant la reprise, Julien a commencé à travailler à la ferme du Matet quelques jours par semaine aux coté de Pierre durant l’été 2016 pour se familiariser avec la ferme et le matériel. Etant certains d’avoir des terres et de l’herbe, nous avons fait l’acquisition de Diane, une jeune jument de trait qui nous épaulera dans les travaux de désherbage à partir de l’automne prochain. Et pour lui donner les moyens de faire son travail, Julien et moi avons suivi une formation sur le travail du métal et lui avons construit un outil adapté, fruit d’une collaboration entre l’Atelier Paysan (association pour l’accompagnement à l’auto-construction d’outils agricoles) et Hippothèse (association pour le développement et la promotion de la traction animale en agriculture).

En septembre 2016, j’ai terminé mon contrat au CNRS et entamé un stage de 2 mois dans une ferme en Ariège où 5 associés cultivent des légumes et élèvent des brebis pour les produits laitiers et des vaches pour la viande. Après des mois de réflexion et d’agriculture par procuration, c’était ma première vraie expérience en maraichage. Ce stage a eu le double avantage de me faire acquérir des compétences techniques et de me faire entrevoir comment pouvait fonctionner une exploitation agricole gérée par un collectif. C’était l’étape qu’il me manquait et qui m’a confortée dans mon désir de m’installer et dans l’assurance que notre projet partait sur de bonnes bases.

Tout au long de la phase de maturation de notre projet et de notre parcours à l’installation à proprement parler, nous avons eu beaucoup de retours positifs de la part des personnes avec qui nous avons interagi. A chaque fois, ces encouragements nous ont confortés dans l’idée que nous étions sur le bon chemin et nous ont donné de l’énergie pour franchir les multiples étapes qui font une installation agricole. Nous avons notamment été lauréats d’un concours mis en place par l’association Ferme d’avenir et la plateforme de financement participatif Blue Bees. Cela nous a permis de faire connaitre notre projet et de bénéficier d’un prêt de 25000 € à taux zéro basé sur le financement participatif et la contribution de mécènes. Sans ce prêt, nous aurions eu de grandes difficultés à démarrer notre activité car nous avons eu des revirements de situation de dernière minute dans l’obtention du prêt bancaire destiné à financer le rachat de la Ferme (terres et matériel) et l’investissement dans du nouveau matériel.

Maraichers à La Ferme du Matet

Le premier janvier 2017, bien que n’ayant pas d’accord définitif de la banque, le dossier d’installation de Julien et le mien étaient déposés à la DDT et nous étions officiellement chefs d’exploitation agricole aux yeux de la MSA. Virginie, quand à elle, attendra la validation de son BPREA en juin 2017 pour se lancer à son tour dans le parcours à l’installation de la chambre d’agriculture et solliciter les aides « Jeune agriculteur ».

Depuis cette date, notre activité a vraiment commencé : récoltes et livraison des légumes mis en culture par Pierre à l’automne, et mise en place de nouvelles cultures pour le printemps et l’été qui s’annoncent. La banque a finalement décidé de nous accorder un prêt uniquement pour le rachat de la ferme,  laissant de côté les nouveaux investissements. Pour pallier à cela, nous sommes en train de mener une campagne de financement participatif que nous complèterons si besoin avec l’apport de fonds propres et des prêts familiaux. Ce manque d’engagement des banques nous a beaucoup déçus car nous avons eu la sensation de ne jamais pouvoir nous exprimer et défendre notre projet face à des décideurs éloignés de la réalité qui n’ont jamais pris la peine de venir mettre un pied dans notre ferme. Cependant, nous restons positifs en nous disant que ça nous oblige à tirer profit au maximum du matériel que nous avons sur place et que ça diminuera nos frais bancaires pour les 5 années à venir.

Au quotidien, nous mettons beaucoup d’entrain  à nous approprier la ferme, l’aménager en fonction de nos envies et de notre organisation, remettre en état du matériel et des infrastructures vieillissantes qui n’attendaient que nous pour se payer une nouvelle jeunesse. Dans le collectif, chacun trouve peu à peu sa place, notamment Pierre dont la maison d’habitation se trouve sur la ferme et pour qui ce n’est pas toujours simple de voir les nouveaux arrivants faire avec des pratiques différentes des siennes mais qui est à la fois super content que sa ferme ait été reprise par 3 personnes dans un département où le ratio installations/départ est inverse.

Depuis le début de notre aventure, la diversité de nos parcours et de nos savoir-faire a été une grande force, de même que la complémentarité de nos caractères. Là où l’un sait quand il faut arroser les carottes, l’autre va se sentir plus à l’aise sur la comptabilité ou la communication, là où l’un sait reconnaitre ravageurs et auxiliaires, l’autre sait conduire le tracteur, etc…. Le fait d’être plusieurs permet ainsi d’apprendre des autres et de se former au fur et à mesure de l’activité, mais également de se relayer, de s’appuyer sur les autres et ne pas porter à bout de bras tous les aspects de l’activité. De même, le réseau de la famille et des amis nous est d’une aide précieuse : un papa soudeur, un beau-frère plombier, une maman kiné, une copine graphiste…on essaie de tirer parti de tous les savoirs faire et bonnes volontés qui nous entourent, et on se dit qu’avec une telle diversité et quoi qu’en pense la chambre d’agriculture, ce n’est pas forcément une tare de n’être pas issu d’une famille d’agriculteurs !

Maintenant, notre défi est de réussir notre première saison, de réaliser en vrai ce qu’on a prévu sur le papier et qui sait, d’ici quelques années de développer de nouveaux ateliers à La Ferme du Matet et d’accueillir un ou plusieurs nouveaux associés…

Page facebook de la Ferme du Matet ici!

Auteure: Lucie RAYMOND au nom de ses partenaires de GAEC, Virginie GUYOT et Julien SERRE

2 Commentaires

  1. david david
    11 décembre 2017    

    merci j ai pris beaucoup de plaisir à vous lire. le partage de votre cursus d installation me permet plus de réaliser ce qu’ il nous reste encore à faire avant d être enfin installé.

  2. Margaux Margaux
    2 mai 2018    

    Merci à tous les trois pour ce témoignage plein d’espoir.
    Lucie, pourrais tu me dire par quel biais tu as trouvé ton stage de deux mois en Ariège ?

    Bonne route à vous !

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