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Romuald, en hommage à son grand-père, est devenu néo-arboriculteur

Je m’appelle Romuald. J’ai 31 ans et parallèlement à mon activité d’architecte, je suis liquoriste depuis maintenant deux ans et en passe de devenir arboriculteur en permaculture.

Un projet de vie 

Il y a 3 ans, quand mon grand-père est décédé, cela m’a fait réfléchir sur ce qui me motivait réellement dans la vie et le sens que je souhaitais lui donner.  J’avais le projet depuis plusieurs années  d’essayer de faire connaître l’alcool artisanal qu’il produisait depuis 60 ans dans sa ferme, mais j’avais toujours décalé au lendemain faute de temps pour m’y investir. Sa disparition soudaine et la trentaine approchante ont fait pour moi office de déclencheur.

Monté à Paris à la fin de mes études, j’y exerçais le métier d’architecte depuis bientôt 4 ans et avait rapidement été confronté  comme tant d’autres jeunes diplômés de ma génération à ce que je qualifierai du « côté obscur » de cette profession.  A savoir une complexité toujours plus croissante dans l’exercice de nos (multiples) fonctions,  une responsabilité allant de paire et paradoxalement un manque de reconnaissance et de valorisation de celui-ci.

Bref, j’avais besoin d’une pause. Je souhaitais décrocher enfin un peu de mon ordinateur pour retrouver le contact avec les gens mais aussi avec la nature qui commençait à peser sur ma vie de citadin. Ayant été élevé à la campagne au milieu des bois et des animaux, cet univers avait toujours constitué un point de repère important pour moi. Le travail m’avait imposé certains choix de vie. Je souhaitais toutefois pouvoir corriger cela.

Enfin, la mort de mon grand-père, outre la grande tristesse qu’elle provoqua, me fit également m’interroger sur le devenir de sa production et surtout du savoir-faire associé. Personne dans la famille ne semblait véritablement intéressé pour reprendre la suite, du moins de manière sérieuse. A plus ou moins longue échéance, cela signifiait donc également la fin d’une tradition, laquelle il faut bien l’avouer, survivait déjà à grande peine.

 

Une production remise au goût du jour 

Afin de m’assurer de la viabilité du projet, je commençais à travailler en sous-marin, après mes journées de travail à l’agence afin, d’analyser le marché, ses spécificités et mes futurs clients. La concurrence dans le secteur des spiritueux étant extrêmement forte, notamment du fait de grandes multinationales trustant le marché et tuant toutes concurrences à coûts de rachats et d’offres promotionnelles particulièrement racoleuses, je décidais de miser sur une stratégie innovante. Je n’aurais qu’un seul produit à proposer, tant pis !  J’en profiterais pour le décliner en plusieurs formats afin d’atteindre plusieurs cœurs de cibles malgré des moyens restreints. Je privilégierai les circuits courts, afin de limiter les intermédiaires et les surcoûts pour le consommateur final. Avec une production démarrant à quelques milliers de bouteilles et autant de manutention, mieux valait se placer dans la catégorie premium, une niche peu exploitée par les apéritifs.

Enfin, je profitais de mes compétences en matière de design pour imaginer des bouteilles au look jeunes et relativement attrayant. Le produit étant pour ainsi dire inconnu, le visuel jouerait en effet une grande importance pour se démarquer et donner envie au consommateur de faire le premier pas.

En parallèle, je m’attelais également aux questions  d’ordre technique ; l’idée étant de pouvoir assurer une production un peu plus conséquente que la centaine de bouteilles produites dans la cave de mon grand-père chaque année. Beaucoup de choses devaient donc être repensées, que ce soit dans le processus d’élaboration (assez long, celui-ci s’étale sur presque un an) la récolte, ou même certaines techniques qu’il a fallu presque redécouvrir en expérimentant. Suivant les conseils d’un ami distillateur, je me formais sur le tas. Contre une location, celui-ci accepta de me faire bénéficier de son statut d’embouteilleur et de superviser la production au besoin pour simplifier les démarches auprès des douanes.

Quand il devint rapidement évident que le projet avait une chance d’aboutir, et que mes vacances, nuits et week-ends compris ne suffiraient plus à sa réalisation, je négociais alors une rupture conventionnelle avec mon employeur de l’époque en conservant  mon  statut free-lance au besoin. J’ai toujours été quelqu’un de pragmatique. Monter une boîte est dure, c’est un fait. Mais quand en plus, vous ambitionner de créer un marché, mieux vaut s’attendre à quelques périodes de vaches maigres et avoir les reins assez solides pour ça !…

2 ans  plus tard, plusieurs milliers de bouteilles écoulés, un nouveau batch en attente et un premier prix international raflé cet été, il y a toujours autant de travail dans les bois et à la distillerie. Je ne pense pas pouvoir prendre de vacances encore cette année mais quoiqu’il en soit, je ressens une immense fierté pour tout le travail accompli, et j’espère que si Papet me regarde, lui aussi…

L’ambition de l’année, c’est maintenant de pouvoir créer une première plantation d’épine noire en propre en permaculture. A l’heure actuelle, toute la récolte se fait à l’état sauvage mais cela commence à devenir vraiment compliqué, à la fois pour permettre un roulement des parcelles exploitées mais aussi dans une perspective de développement durable pour continuer à faire connaître le produit. J’ai donc décidé de lancer une campagne de crowdfunding sur la plateforme Ulule pour m’aider à donner vie à ce nouveau projet.

Voilà le lien si vous souhaitez me soutenir: https://fr.ulule.com/damedepique-premiere-plantation-epine-noire/

Mes influences 

La permaculture, du moins d’un point de vue théorisé, je l’ai découverte paradoxalement pendant mes études d’architecture en Bretagne à la fin de mon master. J’y ai eu la chance de recevoir l’enseignement de l’architecte François Seigneur, lui-même très engagé au sein des groupes de réflexion sur  l’habitat écologique de demain et fidèle de Pierre Rahbi. C’est lui qui nous  encouragé, mes camarades et moi à réfléchir sur les thématiques des « utopies » réalisables dans le cadre de notre projet de fin d’études.

Mon choix s’est rapidement porté sur un projet de ferme urbaine implanté directement au cœur de la ville de Rennes, entre la gare et la prison des femmes . L’idée était de valoriser  une ancienne friche avec de vieux bâtiments en passe d’être démolis. Plutôt qu’un concept ultra-technologique hors-sol comme on  en a vu fleurir depuis trop souvent, j’ai ainsi imaginé une véritable ferme qui permettent, via ses diverses production dont un élevage caprin de recréer du lien écologique, mais aussi social en ville en permettant aux détenus en peines légères de se réinsérer. Développer un programme éco(logique)ment et techniquement viable qui repose sur de nombreuses synergies m’a fait découvrir le principe même de la permaculture. Si celui-ci est malheureusement resté de papier, il m’aura en tout cas grandement influencé sur mes recherches futures dont celle que je souhaite créer aujourd’hui.

Des perspectives pour le futur 

L’épine noire est une plante sauvage et rustique qui gagne vraiment à être connue. Très présente dans toute la France jusqu’au début du siècle et alors largement utilisée par la paysannerie pour ses nombreuses propriétés médicinales, elle s’est faite depuis de plus en plus discrètes notamment à causes des politiques successives de remembrement.

L’idée est donc de créer une parcelle test dans qui nous servira de modèle de plantation à l’avenir. Celle-ci nous permettra de pérenniser notre production en étant en mesure d’honorer des commandes grandissantes pour le futur mais surtout valoriser une plante délaissée qui possède de multiples atouts sur le plan écologique et environnemental.

La parcelle sera ainsi mise à disposition d’apiculteurs du village et les nouveaux drageons issus de la croissance des plants seront fournis sur simple demande aux agriculteurs et particuliers qui le souhaitent pour lutter à leur échelle contre le remembrement. Selon la qualité des récoltes, je pense enfin me diversifier en proposant des tisanes dépuratives, ainsi que des gâteaux à base d’épine noire sur le modèle de ceux que je vends actuellement lors des marchés régionaux sur lesquels j’ai maintenant pris l’habitude de me déplacer.

Retrouver toute l’histoire de Dame de Pique sur: www.damedepique.fr

Auteur: Romuald Vincent

 

 

2 Commentaires

  1. seigneur seigneur
    16 juin 2017    

    BRAVO Romuald.
    Je trouve ça formidable
    je reprend contact avec toi en début Juillet.
    François Seigneur

  2. Leprieur Leprieur
    19 juin 2017    

    Quel beau projet !
    La permaculture se retrouve dans les enseignements à l’ENSAB.

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